
"Ludoteka Roszada"
Noé NITOT est l'initiateur du projet "Ludoteka Roszada" et un passionné des jeux de plateau.
Pour France - Pologne, il nous ouvre les coulisses de la toute première ludothèque polonaise à Varsovie...
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1) Noé Nitot, bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qu'est-ce qui vous a amené en Pologne ?
Bonjour. A vrai dire, je connais la Pologne depuis quelques années car mon frère vit à Varsovie depuis une petite dizaine d’années. Et j’ai donc eu l’occasion de venir visiter plusieurs fois ce beau pays, avec les dernières forêts primaires d’Europe, les grand lacs, lesTatras,...
En 2007, à l’occasion des 15 ans de la "Journée mondiale du refus de la misère" (qui se tient chaque année le 17 octobre), j’ai participé avec ATD Quart Monde à un tour d’Europe en caravane.
C’est là que j’ai compris que ce pays était fait pour moi. Ensuite, après des études en art-thérapie, j’ai franchi le pas et suis venu vivre en Pologne. Et comme les ludothèque n’existaient pas encore là-bas...
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2) Quel est le principe de la Ludoteka ? Comment l'idée vous est-elle venue ?

L’objectif de la "Ludoteka Roszada" est de pouvoir proposer un espace de rencontre intergénérationnelle et de réflexion autour du jeu de société. La ludothèque se veut avant tout :
- un espace de rencontre intergénérationnelle proposant plus d’une centaine de jeux pour tous les âges. Un animateur est toujours présent pour conseiller chaque personne sur le jeu le plus adapté à son âge ou susceptible de l'intéresser le plus, ou bien encore pour expliquer les différentes règles.
- un espace de réflexion largement documenté en français, polonais, et anglais, sur la thématique du jeu ; l’organisation de rencontres-débats avec différents auteurs de jeu, des responsables de ludothèques,...
Ayant travaillé plusieurs années sur des projets sociaux en France et à l’étranger, je me suis vite rendu compte que le jeu était un excellent moyen pour surmonter toutes les barrières culturelles et linguistiques qui peuvent exister. Et dans une société ou chacun devient de plus en plus renfermé sur lui-même, un outil de rencontre tel que le jeu est vraiment le bienvenu.
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3) Le projet a t-il une vocation commerciale ou plutôt associative ?
L’objectif du projet n’est aucunement de gagner beaucoup d’argent, mais plutôt de développer l’accessibilité et susciter la réflexion autour des jeux de société.
Les personnes travaillant sur le projet sont avant tout des personnes passionnées par le jeu, qui veulent, tout en gagnant leur vie, pouvoir partager cette passion.
Le fait que ce projet puisse se révéler un bon « business » n’a aucun intérêt en soi.
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4) Quel est le profil type des participants aux soirées ? Y trouve-on davantage de Français ou de Polonais francophones ? Faut-il d'ailleurs parler impérativement français pour participer ? Que viennent y chercher les participants, selon vous ?
Participer à ces soirées ne nécessite nullement de parler francais. Il nous arrive assez fréquemment d’accueillir durant nos soirées des personnes venant de différents pays comme les Etats-Unis, l’Italie,.... En particulier grâce aux connections via "Couch Surfing".
Pour les soirées jeux, on trouve aussi bien des francophones que des non-francophone : les soirées sont vraiment ouvertes à tout le monde !
La majeure partie du temps, les jeux se font en anglais pour être accessibles au plus grand nombre, mais des petits groupes peuvent se créer autour de différentes langues (polonais, anglais, français,...), ou se mélanger. Et nous sommes capables d'expliquer tous les jeux en polonais, français et anglais.
Les participants viennent avant tout pour découvrir de nouveaux jeux, rencontrer de nouvelles personnes, ou encore passer une bonne soirée dans un endroit fort sympathique.
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5) D'après vous, les jeux de plateaux sont-ils plus populaires en Pologne qu'en France ? Comment l'expliquez-vous ?
Au niveau des festivals européens, le pays leader en matière de jeux de société est l’Allemagne, avec le très célèbre "Festival d’Essen" qui a lieu tous les ans durant 4 jours en octobre.
Pour la France, le plus connu est le "Festival international des jeux" (FIJ) à Cannes au mois de février.
La Pologne se situe un peu en retrait , mais commence à rattraper son retard avec notamment le « Festiwal Gier i Zabaw » qui se déroule début septembre dans le parc Łazienki, ou encore le « Festiwal Gier Planszowych » qui se tient les 24 et 25 septembre, ul. Nowowiejska 20.
Concernant l’utilisation des jeux de société, il y a en Pologne - sur Varsovie notamment - de nombreux bars-restaurants disposant de quelques jeux, mais l’utilisation de ces derniers reste souvent l’affaire de passionnés.
Pendant l’été 2010 s’est ouvert dans le quartier de Powiśle le "Solec44", un restaurant-bar à jeux. Ce dernier propose une centaine de jeux de société que le personnel est en mesure d’expliquer au public. L’ambiance est vraiment très bonne, mais le public reste un public adulte et les échanges intergénérationnels que j’aimerais mettre en place n’existent que très peu.
Lorsque je parle à des amis polonais des jeux de société, beaucoup me disent qu’ils connaissent le Monopoly, peut-être le Scrabble, mais rarement plus. En France, beaucoup de personnes peuvent citer le "1000 bornes", "le Cluedo", ... et surtout les enfants connaissent tous les "dames" (Warzaby), le "jeu de l’oie", ou encore les "petits chevaux" (Chińczyk).
Malgré tout, le concept du jeu se développe assez rapidement en Pologne, qui pourrait bientôt devenir une nation phare en la matière. Tous les ingrédients sont en effet réunis : un hiver assez rigoureux avec la tombée de la nuit vers 16h, la création de différents festivals,...
Comment expliquer ce retard ? Je ne sais pas. Il y a sans doute une raison financière, car l’achat d’un jeu reste assez cher. Peut-être cela a-t-il aussi un rapport avec le fait que le Pologne ait vécu le communisme, une période pendant laquelle l’on ne se souciait pas vraiment de passer du bon temps.
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6) Le numérique est-il davantage une opportunité ou bien une menace pour la pratique des jeux de plateau ?
Le numérique a tendance à populariser davantage les jeux de figurines, c'est à dire des jeux se déroulant dans des univers imaginaires, un type bien spécial de jeu de plateau. Ces jeux répondent à des règles bien précises et amènent le joueur dans un univers souvent "guerrier" ou plusieurs armées doivent alors s’affronter.
Je ne pense pas que le numérique soit réellement une menace pour les jeux de plateau en général, mais ce dernier a tendance à amener les joueurs à vouloir évoluer dans un univers en-dehors de leur réalité.
La rencontre avec l’autre devient alors beaucoup moins spontanée.
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7) Comment envisagez-vous le futur du projet ? D'autres villes (outre Varsovie) seront-elles concernées dans l'avenir ?
L’objectif de la "Ludoteka Roszada" est, pour le moment, de pouvoir ouvrir un véritable espace dédié aux jeux de société, avec, si possible, un système de location et de vente de jeux, ainsi qu’un espace de réflexion autour du jeu.
Si cela peut donner des idées à d’autres personnes qui ont la possibilité de développer ce projet hors de Varsovie, c’est tant mieux.
L’idéal serait juste que ces structures ne travaillent pas en concurrence, mais collaborent plutôt entre elles.
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Pour en savoir plus : http://ludotekaroszada.blogspot.com/ (fr)
une version en anglais et polonais est également disponible sur le site
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